L'Auvergne... Voyage avec P'tit Âne

Les Cahiers de l'Âne • 01/06/2015


Au bout du chemin culminant à 1000 m d’altitude se niche une ferme typique perdue au milieu des épicéas et des douglas : c’est le « Refuge de P’tit Âne ». Depuis 20 ans Sylvain y chouchoute ses compagnons à longues oreilles et reçoit touristes et copains -les premiers devenant souvent des seconds- dans son gîte Accueil Paysan. Rencontre et balade en sa compagnie…

TEXTE : VINCENT SIRIUS - PHOTOS : COLLECTION P'TIT ÂNE

Les montagnes d’Auvergne et les Gorges de l’Allier toutes proches n’ont plus de secrets pour ses ânes. Passé l’été et l’afflux -tout relatif- des touristes, la région retrouve son calme et l’automne est une saison propice pour se noyer dans ses paysages nimbés de brumes et de soleil.

Les ânes, compagnons de route

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Il y a Doudou, le plus ancien, Syrène qui a perdu sa queue lors d’une attaque de chiens, Capucine la jalouse, Mignonne et Cendrine qui tractent une Randoline, Marquis le chef qui se dégonfle lorsqu’il est seul, Vanille et Coriandre les sœurs inséparables, Rangoon le héros, Léo le solitaire, Mimile le timide, Piccola la facétieuse, Ophélie au grand cœur, Biscotte qui grignote, Titane le plus malin pour s’échapper, et enfin Cannelle la p’tite dernière. Tous travaillent en été selon leur taille et leur rythme de marche. Les plus petits ou plus âgés assurent les balades, circuits variés d’une journée de 3 à 18 km. Les plus grands partent en itinérance, avec des étapes en camping ou chez l’habitant.

Périodes propices

Ici c’est le royaume d’une nature verte, opulente et prolixe. Depuis toujours elle est la richesse des habitants. Au printemps les fleurs odorantes de narcisses sont expédiées à Grasse pour la fabrication de parfums. En automne les jours sont plus courts, mais les couleurs et la luminosité sont extraordinaires. Les abondants champignons dont le mythique Cèpe de Bordeaux attirent dans les forêts. La météo est généralement idéale et jusqu’à la Toussaint on pourra planter sa tente en pleine nature.

Quelques conseils

On est ici dans une nature authentique et préservée, avec un habitat clairsemé de 6 habitants au km2. Les hameaux sont nombreux mais les commerces inexistants dans les alentours, et seulement présents à La Chaise-Dieu. Il faut donc prévoir les pique-niques pour chaque jour… sinon vos hôtes se feront un plaisir de vous les préparer ! Vous vous équiperez évidemment de bonnes chaussures et de vêtements chauds mais légers. Pour votre récolte de champignons, il vous faudra aussi un petit panier et un couteau car un sac plastique les écrase et les étouffe.

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Le trajet emprunte en quasi-totalité des petits chemins dont une partie seulement balisée en GR ou GRP. Les pistes de débardage créées par les forestiers pour sortir les grumes fournissent quelques occasions de faire fausse route. Cartes annotées avant le départ, conseils d’orientation et éventuellement boussole seront des aides précieuses pour se repérer et éviter les pertes de temps ! Impossible de se perdre mais il arrive de déboucher dans un hameau que l’on ne s’attendait pas à trouver !

Géologie

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« La Haute-Loire s’est forgée dans le feu de nos profondeurs terrestres », c’est pourquoi elle recèle une richesse incroyable de roches métamorphiques et volcaniques. Granit, plomb, barytine, fluorine, laves étaient autrefois exploités dans des carrières ou des mines dont le paysage garde les traces. Les chercheurs d’or passaient naguère le lit des ruisseaux à la bâtée pour trouver quelques paillettes... On utilise encore beaucoup la pouzzolane notamment pour l’assainissement des terrains et le granit dans la construction. À lire, le Guide des Roches et Minéraux de Haute-Loire aux Éditions Jeanne d’Arc.

Un itinéraire riche en découvertes !

Située dans le PNR Livradois-Forez, la randonnée proposée allie une grande diversité de paysages avec de beaux points de vue, des sites géologiques mais aussi la découverte du riche passé historique de la région, l’accueil dans des hébergements variés et... la cueillette de champignons !

JOUR 1

La première journée est l’étape la plus courte car avant le départ on doit bien préparer son âne : le brosser, curer les pieds, vérifier les passages de sangles. Ces gestes sont répétés chaque matin de la randonnée ! Pour ceux qui ne connaissent rien aux cartes IGN, Sylvain va vous faire un petit cours de cartographie ! Il vous faut savoir repérer les « faux chemins » des débardeurs. Bon, les ânes aussi sont experts de la montagne et souvent ils vous guideront, à votre grande surprise ! Allez, on est fin prêt ?

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Du Refuge de P’tit Âne on tire vers l’Ouest pour traverser le village de Berbezit : château du XVIIe siècle, étang classé Zone Naturelle d'Intérêt Écologique Faunistique et Floristique. Un chemin pentu nous mène aux ruines du Moulin de Coutay et au pied du Volcan du Chausse où ses éruptions passées ont laissé des traces de coulées de lave et de bombes volcaniques. On contourne le volcan jusqu’au Rocher du Diable, coulée basaltique dont le sommet offre un joli point de vue sur les alentours. Direction nord maintenant pour rejoindre l’hébergement : les chambres d’hôtes du Grand Trianon, véritable havre de paix sur un promontoire naturel.

JOUR 2

À travers bois, on débouche sur le hameau du Fronvel où l’on pourra admirer un panorama à 180° sur les Monts d’Auvergne. Au loin la Margeride et le Mont Mouchet, le grand volcan cantalien avec le Puy Mary et le Plomb du Cantal, le plateau du Cézallier, le Sancy et la Chaîne des Puys.

Ici un jour eut lieu une rencontre mémorable : deux affriolantes femelles en chaleur passaient sereinement en balade sur le chemin. C’était le printemps et deux messieurs ânes (entiers) humèrent une fabuleuse occasion de se faire des copines... Ils eurent tôt fait de sauter la clôture et devant leur empressement on n’eut pas d’autre choix que de lâcher les longes ! Tout ce monde partit au triple galop, semant les sacs sur le parcours. Il fallut bien une heure, avec l’aide de Sylvain appelé à la rescousse, pour retrouver les couples transpirants et essoufflés un kilomètre plus loin, remettre les garçons dans leur parc, récupérer les sacs et reprendre la rando avec les filles !

Après le Fronvel, on continue sur l’ancien chemin des Moines en empruntant le GR de Pays « Robe de Bure et Cotte de Mailles » à travers la vaste forêt de Lamandie pour atteindre le village de Connangles et sa petite auberge où nous attend un menu gastronomique local.

JOUR 3

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Nous suivons toujours notre GR de pays, direction La Chaise-Dieu. Haut-lieu de la chrétienté au XIe siècle où se trouve la sépulture du pape Clément VI, ce village garde de son passé prestigieux une vaste et austère abbaye. De nombreuses visites y sont possibles (musées, salle de l’Écho, artisanat d’art…). Puis on emprunte le chemin dit « du Serpent d’Or » qui doit son nom à la rivière de la Senouire aux eaux claires et brillantes et qui décrit de vastes méandres dans la montagne. La légende dit que son nom viendrait aussi de l’or qu’elle contenait. C’est ici que nous vous proposons de passer une nuit cocooning dans les yourtes de La Terrasse. Là, une clôture mobile aura été installée par votre ânier juste à côté des yourtes. Votre compagnon aux longues oreilles adore rester près de vous pour passer la nuit… on forme une équipe, non ?

JOUR 4

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N’oublions pas comme chaque matin de vérifier l’équilibre de notre paquetage. Si la sous-ventrière est trop lâche et que les charges sont mal réparties, gare aux blessures, car par son mouvement de va-et-vient, la sangle va décaper le poil quelquefois jusqu’au sang, votre âne souffrira le martyre -sans rien exprimer- et mettra plusieurs semaines à cicatriser. En passant par le pittoresque village de Bonneval on remonte jusqu’aux confins de la riante vallée de la Dorette pour déboucher sur le plateau de Sembadel. Au milieu des bois, on découvre le lac de Malaguet classé Réserve Naturelle et sa faune aquatique. Si la météo le permet et avec l’accord du propriétaire, on pourra même se baigner dans ses eaux peu profondes et tièdes. Le soir, la Maison du Lac vous accueille dans ses magnifiques chambres d’hôtes.

JOUR 5

Une étape pas très longue mais riche en dénivelé... Vous pouvez profitez d’un dernier panorama sur le lac en le contournant par l’ouest. Après Dignac, le chemin plonge dans la vallée de Moullys et remonte à Bonnefond (producteur de miel). À mi-pente on traverse le tout petit hameau de Saint Léger qui compte deux résidences secondaires. Incroyable mais vrai, en 1824 le hameau comptait 108 habitants et c’était même le siège de la paroisse au XVe siècle ! En redescendant, on atteint le joli village de Saint Pal de Senouire sur un éperon rocheux. Par un PR, on longe les vestiges d’anciennes mines de fluorine et de barytine exploitées au XIXe siècle. La randonnée se termine... c’est après avoir traversé les bois de Chamredonde que l’on rejoint la structure P’tit Âne. ■

ITINÉRAIRE :
www.lacroiseedeschemins.com/robe.htm