L'Association Médi'âne

Les Cahiers de l'Âne • 01/07/2013


L'association Médi'âne fête cette année les 10 ans de ses rencontres « L’âne dans un travail de lien social ». À la croisée des chemins, l’âne est au cœur de l’aventure de l’association Médi’âne, avec ce qu’il est, sa nature et son histoire avec l’humain.

TEXTE & DOCUMENTATION : MARIE-RENÉE SÉVERIN

Ses racines

À l'origine, des rencontres et des liens qui se tissent, l’envie de partager son vécu, l’expression des différences dans une rencontre avec l’âne. Puis sous l’impulsion de Nadège Champeau, l’idée associative prend naissance en septembre 2002 dans l’intention de rassembler des passionnés de l’âne, proposant sa présence dans un travail de médiation. En juin 2003 près de Pornic, plus d’une trentaine de personnes se réunissent pour une semaine consacrée à « L’âne dans un travail de lien social ». La semaine se développe entre témoignages et situations pratiques. Dès le départ Médi’âne sort des frontières : la Suisse, le Canada et la Belgique participent à ce premier rendez-vous. De l’hétérogénéité des parcours, des professions, des expériences, il émerge sans nul doute que l’âne est rassembleur par la passion qu’il déclenche et l’intérêt que sa présence suscite dans un contexte de projet social.

Médi’âne va ensuite évoluer dans le mouvement d’un réseau d’âniers et de professionnels du social convaincus que le contact et les mobilisations avec l'âne peuvent installer un espace, un climat propice à la rencontre de soi, de l’autre, au-delà des différences. Toute une aventure humaine et animale qui conduit Médi’âne à explorer le travail en médiation asine dans un brassage entre connaissance de l’âne et son histoire, entre compagnonnage et diversité culturelle, entre apports sur la relation d’aide et la notion de médiation.

Vivre des temps de Rencontre Médi’âne, c’est venir partager le contenu de ses sacoches, équilibrer son bât, cheminer au pas de l’âne dans une diversité de parcours.

Ses objectifs

Comme en écho au colportage, Médi’âne tente de diffuser et transmettre ce qui peut émerger au fil de ces Rencontres pour explorer et penser le travail en médiation asine. La mise en place de sessions « L’âne dans un travail de lien social » contribue à favoriser les échanges. Elles sont ouvertes autant aux âniers qu’aux professionnels du soin ou du social, la diversité permettant un travail en pluralité de points de vue.

De plus en plus d’âniers proposent leur espace de travail avec l’âne dans un projet social. Des institutions spécialisées viennent se saisir de cette proposition comme un support possible d’accompagnement. Alors, formuler l’espace de l’ânier et le sens que celui-ci prend dans l’investissement des activités asines par des publics spécifiques, nécessite d’être envisagé.

Médi’âne favorise la communication, l’information entre les structures et engage des échanges et des liens culturels auprès de différents contacts européens et même au-delà. C’est ainsi qu’ont eu lieu plusieurs interventions au Portugal lors du colloque annuel en asino-thérapie organisé par l’AEPGA au Miranda. L’Espagne, l’Italie, le Québec, la Suisse, la Hollande ainsi que la Belgique, largement représentée, sont des couleurs dans l’aventure Médi’âne.

Les Rencontres Medi’Âne

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Depuis 2003, quinze Rencontres Médi’Âne ont été réalisées et plus de 180 personnes s’y sont investies. Ces sessions se développent dans la synergie de trois axes : apports théoriques et savoirs techniques ; partage de connaissances et d’expériences ; mise en situations et analyse. La dynamique de la semaine se veut pluridisciplinaire et interactive tant au niveau des organisateurs que des participants.

Médi’âne sollicite l’expression de la singularité et de la complémentarité des parcours, des expériences et points de vue. Chacun peut ainsi venir se saisir d’éléments pouvant étayer, dynamiser son projet et sa pratique.

Allier la présence animale avec l’accompagnement de personnes fragilisées comporte un risque, celui du changement, entendu « comme un mouvement fondamentalement positif et essentiel » dans la relation d’aide.

Le point d'équilibre

Il n’y a pas de recette, le copier-coller n’est pas l’esprit de Médi’âne et surtout pas l’esprit de l’âne. Un âne pourra passer un pont puis un autre et refusera un troisième car chaque pont est unique et nécessite une réflexion d’âne. Un âne en toute alliance avec vous vous suivra avec enthousiasme et ardeur sur un sentier escarpé, mais il appréhendera la difficulté à sa manière et en toute sécurité pour lui-même. Avec l’âne, rien ne se fait dans la précipitation ce qui constitue un atout dans le rythme et le déroulé d’une séance d’activité asine. Il s’agit de prendre le temps de la rencontre et du lien.

Interventions et intervenant

Médi’âne voyage au gré de ce qui émerge des différents groupes de participants aux Rencontres. Accueil de groupes, habitat et soins de l’âne, approche de l’âne et étude de la mise en lien, analyse d’un projet d’activités asines au sein d’une institution spécialisée sont autant de thèmes abordés.
D’autres formules d’intervention s’initient comme par exemple en 2011, pour une personne souhaitant étayer un projet en lien avec sa formation universitaire en Médiation Animale.
Parfois des invités permettent de porter un autre regard sur l’âne, tels que Jean-Claude Barrey, chercheur et éthologue. En septembre 2012, deux journées se sont déroulées avec Sandrine Willems, auteur de « De l’animal à l’âme ». Débats, interventions théoriques et expérimentation de jeux de la méthode Parelli* vont se succéder dans la dimension « Du lien au soin ».

* méthode Parelli : Pat Parelli est l'un des plus célèbres « chuchoteurs » américains qui met en avant une relation homme-cheval à travers une approche qui respecte la nature profonde du cheval.

Laisser à mes ânes le temps de me connaître

Ma première rencontre avec « Médi’âne » a lieu en avril 2010 sur le site de « Chantiers en cour - Le Pas d’Âne ». Professionnelle de la petite enfance, je découvre l’activité de loisirs avec les ânes par mon travail. Rapidement, je décide de suivre la formation « L’âne dans un travail de lien social ». Les stagiaires sont venus des quatre coins de la France, certains sont âniers, d’autres pas. Un accueil chaleureux de la part de l’équipe formatrice et nous voilà donc plongés dans le monde de l’âne. Les journées sont bien remplies : apports théoriques, ateliers avec les ânes, bilans, réflexion, expression de nos ressentis, de nos doutes...Une semaine très riche d’où l’on ressort avec un regard nouveau qui laisse place à la méditation.

Pour ma part, j’ai laissé les événements venir à moi, sans brusquer les choses. Mon activité de randonnées et d’animations avec les ânes sur les bords de Loire créée en juillet 2011, se développe doucement. Il m’a fallu le temps de bien connaître mes ânes mais aussi à ces derniers le temps de me connaître et de se familiariser avec leur nouvel environnement.

Je remercie vivement l’équipe « Médi’âne » pour cette formation complète et très riche mais aussi pour sa disponibilité, son écoute, ses conseils.

Nicole, Liégéri’âne en Maine et Loire, Médi’âne 2010

Soigner les humains telle est notre mission !

Cette semaine la Ferme de Nat a accueilli des bipèdes différents de l'habitude. Ils parlent beaucoup, se déplacent rapidement, en troupeau et sont peu dans le moment présent. J'ai donc convenu avec les autres de les approcher doucement en espérant qu'ils repartiront plus calmes et sereins.

Le premier matin, ils sont venus nous rencontrer dans notre salle de bain mais certains sont demeurés à l’écart. Horizon et moi sommes restés près d'eux et ils ont commencé à nous chouchouter, avec douceur ou avec vigueur, ils nous ont brossés. Il y avait beaucoup de belles énergies dans ce groupe d'humains et j'ai vite fait d'en causer avec Framboise, qui elle en a parlé à Pamplemousse et ça a vite fait le tour.

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Lorsqu'ils sont revenus le lendemain, nous étions tous devant la clôture. Le brossage, les sabots, le soin des yeux, le paradis ! Et puis, ils ont attelé Horizon pour une promenade en carriole, c'était tordant de rire. Dieu qu'ils parlaient, indications par-ci, indications par-là. Horizon a vaillamment conduit la carriole jusqu'au changement de direction. Là, j'ai dû intervenir, car ils n'arrivaient pas à convaincre Horizon d'avancer.

Et puis le troisième jour ils sont de nouveau revenus mais le temps a passé trop vite et, Horizon et moi, n'avions pas envie d'entrer à la maison.

Le quatrième matin nous avons décidé de les laisser venir à nous. Je dis toujours aux autres de faire comme si on ne les voyait pas. Ils adorent quand ils réussissent à nous approcher et plus c'est difficile, plus ils sont heureux. Si ça les rend heureux, nous aussi, car après tout c'est notre mission à la Ferme de Nat de soigner les gens souffrants de toutes sortes d'handicaps incluant les cœurs blessés.

Après une séance de chouchoutage, on part en promenade. Je remarque que les humains sont plus calmes, plus présents et j'adore ma promenade. Entre nous, on en profite pour se faire un pique-nique d'herbes et de fleurs en chemin, car il n'est pas très sévère ce groupe-là !

Je vois une grande progression du comportement de ces bipèdes en 4 jours. Nous en avons discuté entre nous et nous avons décidé de poursuivre notre mission de soigner les humains !

Agnès (Québec) pour Goyave. Médi’âne 2011

Ma rencontre avec Médi’âne

Participer à une rencontre Médi’âne, c’est entrer dans une immense bulle de partages : partages d’expériences, de doutes, de questionnements, de convivialité, de projets, de découvertes, de rencontres, de dépassement de soi, d’amitié… avec pour fil d’Ariane un seul et unique guide : l’âne.

Si ces rencontres sont un peu comme une « auberge espagnole », il faut cependant mettre en exergue la qualité intellectuelle de l’information dispensée par les intervenants et leurs compétences pratiques indiscutables.

Cette session représente un tout beau moment de ma vie et continue à me guider sur mon chemin de mise en place d’une structure de médiation asine pour des jeunes en décrochage scolaire et/ou en souffrance familiale.

En conclusion, pour moi l’âne a encore réussi là où l’humain échoue bien souvent, à tenir un rôle de « Passeur ».

Catherine (Belgique). Médi’âne 2012. ■

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