Squelette et croissance

Les Cahiers de l'Âne • 01/11/2012


La première chose à avoir toujours en tête pour bien aborder les premières années de vie de notre âne est le fait qu’il est adulte morphologiquement à l’âge de 5 ans seulement. Il a alors terminé sa croissance et sa consolidation osseuse et articulaire ; les tendons et ligaments sont solides et aptes à travailler réellement.

TEXTE & DOCUMENTS : DR VÉTÉRINAIRE JENNY HARY - PHOTOS : VALÉRIE THÉVENOT

Durant les années précédentes, toutes les structures sont en croissance. Les os et tissus mous grandissent d’abord essentiellement en longueur puis prennent de la force. Il faut pour le mener à une bonne conformation respecter ce rythme dans notre façon de l’éduquer par étapes.

Initiation à l’ostéologie asine

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Le squelette de l’âne comme celui du cheval se compose du crâne, du squelette dit axial, de la colonne vertébrale aussi appelée rachis, et du squelette appendiculaire des membres. Les os sont liés entre eux par des articulations renforcées de ligaments et les muscles rejoignent leurs os d’attache par leurs tendons.
La croissance est très rapide dans les 18 premiers mois. Les proportions à 2 ans sont déjà très informatives sur la morphologie finale de l’individu. Mais la taille définitive n’est atteinte qu’après 5 ans. La taille des parents prédit tout de même bien la taille future de l’ânon.

Différences entre l’âne et le cheval

Il existe peu de spécificités ostéologiques à l’âne, nous pouvons les énoncer, ainsi que leurs conséquences. La formule vertébrale donne le nombre de vertèbres du rachis pour laquelle :

C : vertèbres cervicales (encolure)
T : vertèbres thoraciques (correspondent aux attaches de côtes)
L : vertèbres lombaires
S : vertèbres sacrées
Co : vertèbres coccygiennes (celles de la queue)
Âne : C7 / T18 / L5 / S5 /Co15 à 17
Cheval : C7 / T18 / L6 / S5 / Co15 à 21

L’âne a une queue plus courte que le cheval, mais c’est surtout l’implantation différente des crins qui donne la différence visible extérieurement.

Chez l’âne il y a une vertèbre lombaire de moins que chez le cheval. La première coccygienne est très souvent fusionnée avec le sacrum formé des 5 vertèbres sacrales fusionnées. L’ensemble forme le sacrum composant du bassin.

Sur le membre postérieur, l’os du fémur est proportionnellement plus court chez l’âne que chez le cheval, et se trouve être à peine plus long que l’os canon.

La rotule ou patella de l’âne est plus aplatie et plus allongée que chez le cheval, favorisant le problème d’accrochement de la rotule (elle luxe de sa loge, mais peut retrouver en général sa place lors du mouvement suivant).

Troubles ostéo-articulaires du jeune

Durant sa longue période de croissance, l’âne peut présenter diverses affections en général réversibles et dont le diagnostic est relativement aisé.

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Contractures tendineuses

Le principe de cette anomalie réside dans la croissance plus rapide des segments osseux que des tendons correspondants. Il en résulte des postures anormales avec un sabot trop droit (angle avec le sol >70°) et un boulet qui ne se déplie pas complètement. En fonction de l’âge d’apparition, on les nomme diversement :

  • La contracture congénitale simple du nouveau-né est visible dans les premiers jours de vie et généralement elle peut se résoudre spontanément. Une injection d’oxytétracycline par voie intra-veineuse par le vétérinaire est une forte aide
  • Le pied-bot se rencontre entre 6 semaines et 6 mois d’âge. Il s’agit d’une contracture du fléchisseur profond. Le degré de l’atteinte se juge en mesurant l’angle de la paroi du sabot avec le sol. L’indication chirurgicale peut être envisagée en cas de non réponse aux traitements médicaux à base d’anti inflammatoires et de mesures relevant de la maréchalerie et du parage.
  • La bouleture survient plus tardivement, entre 9 et 18 mois, et peut être liée à un apport alimentaire trop riche. Ici, c’est le fléchisseur superficiel qui est touché. Le degré de bouleture se juge sur l’angle du boulet. La solution peut être conservatrice et médicale ou bien chirurgicale. La maréchalerie orthopédique peut permettre une résolution dans certains cas.

Laxités tendineuses

À l’inverse des contractures mais siégeant aussi autour de l’articulation du boulet, la laxité des fléchisseurs provoque une hyper extension du boulet. La plupart du temps elle concerne le nouveau-né et connaît une résolution spontanée en quelques jours. On peut recourir à l’usage d’attelles qui aideront la rémission.

Déviations angulaires

Cette fois-ci, dans le plan transversal nous pouvons observer des déviations des membres la plupart du temps au niveau du carpe sur les membres antérieurs. L’origine réside dans une dissymétrie de croissance des cartilages de conjugaison dans les os du carpe.
Le plus souvent cette déviation concerne le tout jeune ânon et des mesures orthopédiques externes suffisent en général à résoudre le problème. Si le membre dévie vers l’extérieur, on parle de valgus, et on parle de varus dans le cas contraire.
Le recours à la chirurgie est parfois envisagé si le degré de déviation est trop important.

Arthrites

Il s’agit de l’inflammation le plus souvent surinfectée d’une ou de plusieurs articulations, comme le boulet, le jarret, le carpe qui touche en général les tout petits malheureusement atteints d’une septicémie. Ce trouble fait partie du tableau classique de la septicémie néonatale, maladie redoutable et rarement curable.

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  • Évaluation des aplombs
    Outre les anomalies décrites ci-dessus, on veillera au bon développement des membres et des pieds au cours de la croissance, et plus encore lors de l’acquisition d’un jeune animal.
    Les aplombs normaux chez l’âne sont légèrement différents de ceux connus chez le cheval pour ce qui est des mesures des angles formés entre eux et par rapport au sol par les segments osseux des membres.
    Cela dit, les défauts d’aplombs sont pareillement décrits comme des différences avec cette norme. Les aplombs normaux ont une importance mécanique primordiale pour un âne destiné à travailler beaucoup. Pour un animal dit de compagnie, la limite sera plutôt celle de la bonne santé des articulations, qui peuvent être soumises à des forces antinaturelles si le défaut est trop important.
    La seule façon de ne pas se tromper est de se faire accompagner par une personne compétente lors de l’achat d’un animal et de faire réaliser rapidement après l’achat une visite d’achat par un vétérinaire. Celui-ci pourra également réaliser des clichés radiographiques de certaines articulations, si l’utilisation future de l’âne en dépend.
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  • Mise au travail du jeune
    L’ânon dans sa première année sera familiarisé à l’être humain surtout par la présence de l’Homme dans son quotidien et par les soins portés à l’ânesse. On pourra l’habituer au port du licol et aux soins comme le pansage ou les soins aux pieds. Toute éducation sera bénéfique plus tard.
    Pour ce qui est de l’apprentissage du travail monté ou attelé ou bâté, il faut être patient, très patient pour commencer à lui mettre des poids sur le dos. La croissance dure longtemps et brûler les étapes peut causer des dégâts ostéo-articulaires importants.
    On préconise de débuter l'apprentissage progressivement à partir de 18 mois ou 2 ans, avec l’acceptation du matériel peu à peu et des séances courte de 30 minutes à 1 heure toujours récompensées. Un tapis et un surfaix sont l’idéal.
    Si on veut l’habituer à tirer, ne placer derrière lui que des objets légers. Comme chez le cheval, les exercices montés ne pourront débuter qu'une fois passés les 3 ans et demi au moins.
    Le but du travail entre 18 mois et 4 ans sera surtout de l’habituer à toutes situations, aux bruits, aux ordres par la voix. Si vraiment vous êtes trop pressé de travailler entièrement une discipline, le meilleur conseil est alors de trouver un âne adulte déjà rompu à l'exercice. Le travail d’éducation et d'apprentissage d’un jeune nécessite l’acceptation par la personne de beaucoup de temps préparatoire.
    Que ce soit pendant la croissance ou une fois mis au travail, l’âne mérite bien la visite annuelle ou plus fréquente d’un ostéopathe équin qui saura délier les troubles musculo-squelettiques, même sous-jacents.

Cette approche médicale alternative est très adaptée au système locomoteur. Attention toutefois à choisir un praticien sérieux et qui connaisse le travail de traction par exemple si telle est votre discipline. ■

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