Formation en traction animale avec l'École des Ânes

Les Cahiers de l'Âne • 01/07/2014


Avec la mutation des Haras nationaux, des pôles équestres spécialisés voient le jour dans l’enceinte des grandes écuries nationales. Villeneuve-sur-Lot est aujourd'hui classé École d'Attelage dans le réseau IFCE.

TEXTE & PHOTOS : VALÉRIE THÉVENOT

Les étalons de toutes races ont quitté les lieux et avec eux les étalonniers se sont reconvertis. Fini les petits matins où l’on entendait le pas lent des chevaux de trait résonnant sur les pavés, fini le petit galop d’entraînement sur la piste de sable encore recouverte de rosée… place aux formations et aux divers services d’informations. Et à Villeneuve-sur-Lot, c’est la traction animale avec des ânes qui y prend racine.

Villeneuve-sur-Lot est aujourd’hui classé École d’Attelage dans le réseau IFCE et peut donc proposer à des stagiaires diverses formations, de l’initiation au perfectionnement. Plusieurs structures ayant développé l’attelage traditionnel, l’équipe en place représentée par son directeur Pascal Sachot cherche à innover. « Au départ, on a réfléchi à nos orientations pour développer un projet en réponse aux enjeux locaux. Quelles sont nos compétences et vers quoi peut-on se tourner ? » Et pour ceux qui ne connaissent pas l’économie agricole du Lot-et-Garonne, ici la vigne et le maraîchage sont très bien implantés. Autre constat, la traction animale au sein des Haras nationaux tend à se structurer et l’âne est mis en avant comme partenaire efficace en maraîchage.

En 2012, la rencontre sur le terrain avec les présidents de l’INAM, Jacques Gounet, et de la FAM, Pierre-Yves Pose, conforte le directeur de Villeneuve-sur-Lot dans son choix de s’orienter vers la traction animale. De là naîtra le partenariat IFCE/INAM/FAM axé sur la formation en traction animale avec des ânes. Les uns cherchent à valoriser l’élevage français d’ânes de race en offrant une pépinière d’animaux adaptés aux besoins, les autres proposent leur compétence en logistique et leurs infrastructures.

D’étalonnier à formateur

« Il nous fallait tout apprendre. Nous étions des étalonniers au départ. »
Pour former son équipe et lui-même, Pascal Sachot fait appel à Olivier Courthiade pour la traction animale, à Cédric Pielko pour le maraîchage en traction animale et à Prommata pour les outils. Quant à l’INAM et l’IFCE, ils mettent à disposition des ânes éduqués et sélectionnés sur les Concours d’Utilisation.

Parallèlement est créé le Salon de la Traction Animale au haras pour que les différents acteurs de la filière puissent s’y rencontrer. Le projet prend forme, chaque partenaire s’ajuste, des conventions sont signées, et chacun dans ses compétences apporte son savoir-faire.

Sur place, le site est idéal. Une carrière sablée, un manège couvert, un potager et des espaces verts pour s’entraîner. À proximité, le lycée agricole de Ste-Livrade met ses tunnels à disposition, des maraîchers ouvrent leur exploitation aux stagiaires ainsi que des jardins partagés.

Une démarche innovante

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Aujourd’hui, soit deux années plus tard, l’offre en formation commence à s’étoffer et à se roder, plusieurs stagiaires bénéficiant de fonds formation ont suivi les différents modules proposés.
Mais le plus, l’innovation, c’est de pouvoir également proposer aux stagiaires qui souhaitent s’installer professionnellement un âne éduqué à la traction animale, sachant travailler dans les rangs, sous les tunnels, et complété par des outils de maraîchage. Une convention non exclusive de prêt de matériel a été signée avec le fabricant Jourdant, plus spécialisé à ce jour dans les chevaux mais qui a des retours quant à l’adaptabilité et à l’amélioration de ses outils à destination des ânes.

Pour communiquer sur l’intérêt de la traction asine en maraîchage et dynamiser notre démarche commune, l’INAM a lancé fin 2013 un appel à projet dont le principe est de laisser en dépôt-vente l’âne et les outils agraires pour une durée de 2 ans au maraîcher en début d’activité. Cela lui évite de trop puiser dans son fonds de roulement initial et aussi d’avoir le temps de s’assurer que ce mode de travail lui convient.

Le souhait de Pascal Sachot est que Villeneuve-sur-Lot puisse devenir une référence en traction animale avec âne. Et l’autre idée qui germe, c’est de pouvoir un jour dupliquer ce modèle de formation sur d’autres sites en France, privés ou publics, tout en nourrissant un partenariat étroit avec les professionnels du privé amenés à s’investir sur ces formations.

Le but ? Appuyer le développement en France de la traction asine. « Pour nous ce ne sont pas des concurrents, mais bien des partenaires potentiels. Nous n’avons pas vocation à faire concurrence aux privés, au contraire nous leur proposons de nous harmoniser et de travailler ensemble. Je souhaite ouvrir ce projet au maximum de professionnels et fédérer les énergies. Leur offrir un outil qui fonctionne. Ils peuvent devenir des maîtres de stage en accueillant nos stagiaires ou en les formant ici, et ensuite devenir leur tuteur quand ces derniers s’installeront. Tout cela en étant rémunérés bien sûr. Le coût de nos formations comprend le paiement de leurs interventions. »

Des stages sur mesure

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Les groupes de stagiaires, composés de 5 personnes maximum, sont suivis par un formateur et un aide formateur. Le module « Initiation » intitulé « Découverte de l’âne » est la base. En effet, les stagiaires ne sont pas obligatoirement des équitants et encore moins des âniers.
Au programme, besoins vitaux et morphologie de l’âne puis découverte du matériel: charrue, herse, billonneur… avec une pratique sur des ânes expérimentés.
Le module « Perfectionnement » propose de mieux connaître l’âne, le menage et les outils avec la préparation d’un chantier en autonomie, la mise en situation réelle, la pratique avec les ânes en dépôt-vente et l’aide à la construction du projet individuel.
Concernant le menage, le futur maraîcher doit pouvoir travailler seul aux longues guides tout en conduisant son outil. Pour Pascal Sachot, « L’âne apprend bien et surtout il retient bien. Le tenir au licol comme on le voit souvent sur des formations, c’est nier sa capacité de réflexion et d’apprentissage. Un âne bien éduqué connaît son métier, il faut apprendre à lui faire confiance. »
Vient ensuite le module « Pro+ » où le stagiaire pratique 3 jours chez un maraîcher expérimenté. Ce dernier intervient ensuite 5 jours par mois chez le stagiaire qui bénéficie d’un accompagnement personnalisé et complet.

Un débouché pour les éleveurs d’ânes de race

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De toute évidence, ce vivier d’apprentis maraîchers en traction asine peut devenir une belle opportunité pour les éleveurs d’ânes de race de valoriser leurs animaux.
Sur les Concours d’Utilisation et de Traction, les jeunes ânes sont repérés par un juge de l’IFCE qui discerne parmi eux ceux pouvant répondre au métier d’âne maraîcher. D’un côté, il est à souhaiter que cela motive un plus grand nombre d’éleveurs d’ânes de race à les éduquer dans ce sens. De l’autre, cela contribue déjà à améliorer les parcours dessinés sur les Concours d’Utilisation avec plus de mise à l’épreuve sur des difficultés propres à l’activité de traction plutôt que sur des obstacles trop artificiels.
Dans un avenir proche, Pascal Sachot table sur l’accueil d’une cinquantaine de stagiaires par an, et sur la mise à disposition en dépôt-vente de 20 à 30 ânes éduqués. Une petite bouffée d’oxygène non négligeable pour les ânes de race qui, espérons-le, participera au développement d’une agriculture de proximité et à échelle humaine. ■

Concours d’utilisation

Les concours d’utilisation sont ouverts aux ânes et mulets des deux sexes, à partir de deux ans, inscrits à l’un des stud-book des races françaises d’ânes ou à un registre reconnu de mules. Toutefois les ânes OC (croisement non reconnu par un stud-book) et les ânes ONC (pas d’origines certifiées) peuvent être autorisés à concourir dans la catégorie « adulte ».
Ils incitent à la préparation du jeune animal afin de faciliter sa mise en marché et contribuent à la promotion des races. Ces concours sont composés d’un ensemble d’épreuves : docilité, bât ou monté, attelage et travail à pied.

Extrait du Règlement national des CU pour les Ânes et les Mulets

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