Votre rêve... avoir un âne

Les Cahiers de l'Âne • 01/06/2016


Votre rêve... avoir un âne

Votre rêve se réalise, vous allez être ânier !… et déjà vous commencez à comprendre la responsabilité dont vous vous êtes chargé pour votre plus grand bonheur ! Quelques constats effectués par des pairs plus chevronnés vous aideront peut-être à aborder ce nouveau statut plus sereinement, mais à part ces quelques conseils vous resterez le maître à bord et comme toujours lorsqu’il s’agit d’êtres vivants, il y a autant d’exceptions que de règles. C’est un savoir-être qu’il vous faut acquérir. Cf. l’article sur l’approche du jeune âne dans le précédent numéro.

TEXTE : ARMELLE COTTRANT-MÉNAGER - PHOTOS  : VALÉRIE THÉVENOT

Organisez l’accueil !

D’abord il est primordial d’être présent à l’arrivée du nouveau pensionnaire, d’une présence active ; bien souvent les difficultés d’organisation de transport, de la vie professionnelle ou familiale font que l’âne arrive le soir, la veille d’une journée de travail ou d’une fête de famille, et ce moment-clé est négligé. Or l’arrivée est très importante pour que l’âne s’approprie sa nouvelle vie, « n’oublions pas que l’âne est un animal de territoire».

Aussi, observer comment il prend connaissance avec ce nouvel habitat est important. Peut-être faudra-t-il faire un peu le tour avec lui ? Lorsque les éleveurs introduisent ainsi de jeunes animaux sur une nouvelle pâture, il n’est pas rare qu’ils utilisent les services d’un âne plus âgé pour servir de guide vers le point d’eau, les lieux abrités… Donc si vous recevez ce nouveau compagnon et qu’il est seul à l’arrivée, veillez à ce qu’il trouve tout ce confort.

Présentation des compagnons de jeu

Et puis vous l’avez lu et relu, un âne n’aime pas être seul, donc s’il doit attendre un compagnon quelque temps, c’est votre présence qui le rassurera et scellera votre relation. Si vous avez choisi pour son arrivée d’avoir déjà un compagnon : âne, chèvre… c’est leur relation qu’il vous faudra entourer, un autre âne (donc territorial) recevra cette nouvelle compagnie au premier abord comme une intrusion. Peut-être alors vaudra-t-il mieux lâcher les deux congénères dans une pâture nouvelle. Pour la chèvre et le mouton, de nombreux exemples montrent une cohabitation voire une complicité entre les espèces. Mais quelquefois aussi des joutes entre elles peuvent se révéler plus douloureuses.
Renseignez-vous auprès de l’élevage d’où vient votre âne, s’il a déjà ses habitudes inter-espèces et veillez à ce que leurs ébats ne dégénèrent pas. Il y a des cas assez rares d’échec d’entente et ce même entre congénères, comme entre tous les êtres, et dans ce cas mieux vaut ne pas trop insister.

Mesures sanitaires

undefined

Au-delà de ces aspects relationnels, l’introduction dans un nouveau groupe et un nouvel habitat n’est pas sans incidence sur la santé. Vos pensionnaires sont des « porteurs sains » d’un parasitisme qui leur est propre. Les mettre en présence peut s’apparenter à un cocktail explosif qui va permettre à ces ennemis de s’exprimer, et d’autant plus que la nouvelle situation crée un stress propice à leur développement pour les nouveaux comme pour les anciens possesseurs des lieux.

Je ne suis pas pour le vermifuge systématique tant il a été démontré qu’il instaure des résistances qui nous laissent démunis face à une forte attaque parasitaire, mais dans cette situation, je crois qu’il est bon de vermifuger le nouvel arrivant afin qu’il ne perturbe pas l’équilibre des autres (il arrive avec des parasites inconnus des autres). L'idéal serait de les installer sur un pré qui n’a pas été pâturé depuis longue date afin d’éviter la pression parasitaire sur le nouvel arrivant par les parasites excrétés par les autres. Dans ce cas, profitez-en pour vermifuger aussi les autres ânes. Si l’on veut éviter ce systématisme, on peut procéder à une analyse de crottins ou des prises de sang qui aident à renseigner sur le degré d’infestation et la nature des parasites. Mais attention, les parasites sont malins, s’ils sont présents dans l’analyse on sait quoi faire, s’ils sont absents… on ne sait pas trop s’ils ne se cachent pas ! Quelquefois à trop vouloir éviter le vermifuge (car certaines molécules sont vraiment une catastrophe environnementale) on recule pour mieux sauter, et après il faut agir fortement et dans l’urgence. Ce qui se révèle difficile à supporter pour nos animaux et peut-être encore pire pour l’environnement !

Préférez l’extérieur

Pour ce qui est des microbes, l’approche en plein air est quand même moins propice à la maladie. Vos animaux solliciteront leur immunité et petit à petit leur milieu interne s’harmonisera. En revanche, en bâtiments ou en forte promiscuité, la maladie peut apparaître. Soyez vigilants aux premiers signes, surtout que les ânes expriment très peu leur inconfort et on s’aperçoit souvent trop tard des dégâts !

Planifiez le changement d’alimentation

Une autre nouveauté pour votre animal, c’est l’alimentation : l’herbe n’est pas la même partout. Il faut aussi savoir s’il mangeait autre chose que de l’herbe (foin, grains aplatis…) afin de lui faire une transition alimentaire la plus douce possible.
C’est dans les bons élevages que vous aurez les meilleurs renseignements sur le passé de votre nouveau compagnon et c’est auprès d’eux que vous pourrez par la suite vous faire aider si nécessaire.
Et si vous-même changez son alimentation pour compléter une herbe insuffisante, procédez aussi par petites étapes, le temps que la flore digestive s’adapte. En cette saison où la pousse démarre, c’est bien souvent un excès de richesse que vous aurez à gérer. L’herbe est abondante en quantité mais elle est aussi trop riche qualitativement pour nos amis venus de zones arides.
Au fil du temps ils se sont adaptés, mais il faut veiller aux particularités des races et au respect du mode d’élevage. C’est pourquoi au printemps où il y a surabondance, il faut souvent rationner en limitant la surface des parcs ou le temps passé, et en apportant un peu d’alimentation sèche comme du foin ou de la paille.

Vous proposez un abri et l’âne en dispose…

Quant à l’épineuse question de l’abri, vous y avez veillé ; mais il n’est pas rare de voir les nouveaux propriétaires se lamenter car les ânes n’y vont pas ou les confondent avec leurs toilettes sèches. À cela je dirai, c’est comme ça ! Peut-être l’abri est-il mal orienté, peut-être y a-t-il à cet endroit des phénomènes perturbateurs (ondes telluriques ou autres, magnétisme, etc.) auxquels les ânes sont réceptifs… ou peut-être que tout simplement la pile de bois près de la haie et qui forme comme un abri dans leur pré leur parait plus confortable et plus naturelle !

Le pansage pour s’apprivoiser

undefined

Le printemps est aussi synonyme de mue. Le poil d’hiver tombe - l’âne de 18 mois perd son poil de bébé et son poil d’hiver en même temps par plaques - et un joli pelage d’été apparaît. Puisque vous devez sceller une relation, profitez du brossage pour vous montrer présent. Ce dernier désencrasse les pores et aide l’âne à se débarrasser du vieux poil qui le gêne et le fatigue. C’est déjà un peu d’éducation de l’animal comme de son maître !
Vérifiez les bobos, petites plaies et gratouilles externes, choyez-le, c’est le bon moment ! Pour les « bourraillous » difficiles et douloureux à tirer, j’ai testé un peigne courbe à lames rasantes destiné aux chiens et aux chats et qui marche très bien. De plus, c’est moins dangereux que d’utiliser ciseaux et rasoirs divers.

L’observer pour le connaître

C’est en observant les comportements au pré, avec les autres animaux, avec vous, au toilettage, au parage des pieds et dans toutes les circonstances que vous apprendrez au fil du temps à décrypter votre animal. Cela vous permettra d’envisager comment agir ou travailler avec lui.
N’hésitez pas à partager vos impressions avec d’autres âniers, lisez les revues spécialisées (Les Cahiers de l’Âne foisonnent de témoignages variés) et les ouvrages traitant de cet animal. Au début vous serez perdu, les informations sont tellement divergentes et puis petit à petit vous vous ferez VOTRE opinion enrichie de tous ces points de vue confrontés à votre réalité avec votre âne. C‘est à ce moment que vous vous sentirez vraiment ânier.
Vous voilà donc paré pour cette belle aventure. Vous l’aurez compris un minimum de connaissances est nécessaire,mais il faut surtout apprendre à être en harmonie avec votre compagnon. Pour cela consacrez-lui du temps et de l’attention. La complicité se construit au fil du temps.
Je dis souvent que l’on n’a pas le droit d’avoir un animal sans avoir un projet avec lui, quel qu’il soit. Y avez-vous réfléchi ? Quoiqu’il en soit, vous vous préparez à une longue amitié, alors mettez toutes les chances de votre côté pour bien démarrer ! ■

Mots clés abri pâture vermifuge poil alimentation nouvel âne nouvel arrivant avoir un âne