Les cinq sens, la vue et l'ouïe

Les Cahiers de l'Âne • 01/12/2016


Les cinq sens, la vue et l'ouïe

Nous nous demandons souvent comment les animaux perçoivent leur environnement. Cette interrogation est utile pour comprendre comment ils fonctionnent et pour s’adapter à eux. Commençons cette série d'articles par ces deux premières questions : comment l’âne voit-il ? Comment l’âne entend-il ?

TEXTE : DR VÉTÉRINAIRE JENNY HARY - ILLUSTRATIONS : BRUNO DELAS
PHOTOS : VALÉRIE THÉVENOT

LA VUE

L’œil de l’âne

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La cornée et le cristallin font converger les rayons lumineux vers la rétine permettant à l’image d’être nette. Le signal lumineux est converti en un signal électrique par les cellules photoréceptrices de la rétine, les cônes et les bâtonnets. Le signal électrique est ensuite transmis via le nerf optique au cerveau qui le transforme en une image visuelle construite.

Ce que l'âne peut voir
une vision panoramique horizontale

Les yeux de l’âne comme ceux du cheval sont grands et latéraux. La pupille est horizontale de même qu’une bande de cellules réceptrices sur la rétine. Le champ visuel ainsi rendu possible est très large : 340 à 360º (contre 150° chez l’humain). Chaque oeil balaye 180 degrés environ, dont 150 degrés de vision monoculaire. La vision périphérique est adaptée pour la détection des mouvements.

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Certains coins restent invisibles (comme des angles morts) : la zone dans le prolongement du nez juste devant lui, derrière la tête, sous l’encolure et sur le front. Il ne peut pas non plus voir au-dessus de lui. L’axe optique est orienté de 20° vers le bas. L’âne voit le sol devant lui.

Seuls 65° du champ de vision offrent une vision binoculaire (les deux yeux en même temps). Le champ binoculaire se situe devant le chanfrein et vers le bas. L’âne distingue moins bien qu'un humain les reliefs et les distances.

L'acuité visuelle

L'acuité visuelle est la capacité à discerner un petit objet situé le plus loin possible, ou un objet le plus petit possible à une distance donnée. L’âne comme le cheval voient très bien de loin.

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L'acuité visuelle du cheval et de l’âne (6-7 sur l‘échelle de Stellen) est 0,6 fois celle de l’homme (8-9) ; 1,5 fois celle du chien (4) et 3 fois celle du chat (2).
En revanche la vue de près n’est pas extraordinaire chez l’âne.
L’accommodation (capacité à mettre au point sur un objet proche par déformation du cristallin) est un phénomène assez limité chez les équidés. C’est par un changement de la position de la tête que l’âne amène les objets proches dans le plan de netteté.

La vision des couleurs

L’étude des types de cônes de la rétine montre que l'âne a une vision bichromatique (2 couleurs), contrairement à l’homme qui est trichromate. Il perçoit bien les jaunes, les verts, et les bleus mais très peu les rouges.

La vision du noir et blanc

La perception de l’éclairement et de la brillance est très développée grâce à la densité des bâtonnets de la rétine. La vision nocturne est bonne car le ratio bâtonnets (vision nocturne) / cônes (vision de jour et couleurs) est de 20/1. Le tapis, une couche réflective colorée située en-dessous de la rétine accroît la capacité de la rétine à capturer la lumière surtout dans un environnement de faible luminosité.

La pupille en fente horizontale permet de garder la presque totalité du champ visuel malgré un fort ensoleillement. En revanche, la fermeture de la pupille à la lumière est assez lente, ce qui allonge le temps d’adaptation entre obscurité et éclairement (par exemple sortir d’un box, rentrer dans un van...).

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L’âne regarde

L’âne ne voit pas très bien les détails, mais grâce à son champ visuel large il peut déceler très facilement un mouvement au loin, puis oriente sa tête dressée vers l’objet qu’il va identifier plus nettement. Les couleurs sont moins importantes que les contrastes dans la perception de son environnement. Il lève sa tête pour regarder de loin et baisse la tête pour regarder plus près. Une petite branche agitée derrière un âne le stimule efficacement car il la voit. Un âne peut parfois avancer puis tourner la tête pour voir quelque chose placé derrière lui. Et lorsqu'on donne une friandise à son âne, il faut mettre la main à plat car il ne voit pas devant son museau.

Atteintes ophtalmologiques

Les yeux de l’âne sont exposés à divers dangers et affections comme les plaies et les lacérations des paupières, les ulcères cornéens, l’habronémose larvaire, l’uvéite récurrente. L’âne peut devenir aveugle et vivre grâce à un compagnon qui peut le guider et à quelques aménagements comme une protection rembourrée de tête.

L'OUÏE

Les oreilles

Elles sont grandes, pointues et poilues. Elles mesurent à peu près la moitié de la longueur de la tête. Elles permettent d’entendre des bruits très lointains.

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Anatomiquement on décrit l’oreille en trois parties.

  • oreille externe : le pavillon cartilagineux donne sa forme à l’oreille puis le conduit auditif externe dirige les sons vers le tympan.
  • oreille moyenne : avec la bulle tympanique et les osselets auditifs (marteau enclume et étrier) qui transmettent les ondes sonores.
  • oreille interne : un système de canaux en deux parties : la cochlée (appareil auditif) et l'appareil vestibulaire de l'équilibre.

Audition

L'âne a une ouïe très fine et performante. L'audition est similaire entre équidés, mais la grande surface de son pavillon augmente la qualité acoustique chez l'âne. Ses oreilles sont extrêmement mobiles (200° de rotation chacune), et dans des directions souvent contraires. Il peut écouter dans plusieurs directions à la fois !

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L'âne peut percevoir des sons de fréquences 55 Hertz à 33 500 Hz, alors que l’homme entend les sons de 16 Hz à 20 000 Hz. Il entend donc des ultrasons, inaudibles pour l’homme, seuls certains sons graves lui échappent.

Thermorégulation

Ces grandes oreilles permettent à l'âne d'évacuer sa chaleur corporelle, tout en limitant la perte d'eau par transpiration sur le reste du corps. Elles forment une surface d’échange importante avec l’air et sont fortement vascularisées, permettant des échanges thermiques. Même si le climat occidental est doux, ces oreilles semblent être un vestige évolutif lié aux origines désertiques des ânes.

Communication

On peut reconnaître si l’âne est content, en colère, attentif, craintif suivant la manière dont sont positionnées les oreilles. Des oreilles portées basses peuvent indiquer un animal souffrant.

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Bien sûr avec ses oreilles l’âne entend ses congénères. Le braiment est un son intense émis par le nez et la bouche avec de l’air, en deux temps (inspiration et expiration). Le braiment de l'âne est varié et le son porte sur de très longues distances (parfois plusieurs kilomètres). Les ânes communiquent également par une variété de bruits (ronflements, grognements, sifflements...). La voix de l’homme fait partie des sons que l’âne entend bien, on emploie la voix et les sons au maximum dans l’éducation.

Contention

Les oreilles sont très sensibles et les ânes n’apprécient pas toujours qu’on les touche. Une fois éduqués et habitués, ils peuvent apprécier certains contacts avec leurs oreilles, mais il faut avouer que cela ne fait pas partie de leur ADN. Tenir une oreille (raisonnablement : attraper, tourner et maintenir la pression) peut aider à une contention en cas de besoin.

Maladies des oreilles

Les dermatoses parasitaires comme les gales représentent la majorité des atteintes de l’oreille externe. Les otites sont relativement rares chez les ânes qui ont des oreilles dressées, protégées par des poils et ventilées.

Poches gutturales, attention !

Chez l’âne comme chez le cheval il existe de chaque côté un diverticule de la trompe d’Eustache dénommé la poche gutturale. D’un volume d’environ 300 ml d'air, elle aurait pour rôle de rafraîchir le sang qui passe à son contact via la carotide.

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Des infections, des mycoses ou des empyèmes des poches gutturales peuvent avoir des conséquences lourdes comme des épistaxis (saignements de nez) nécessitant une intervention en urgence du vétérinaire. Peu de précautions existent vis-à-vis de ce risque, seule la surveillance proche de ses animaux permet de réagir assez tôt.

Nous poursuivrons ce voyage parmi les 5 sens de nos Longues Oreilles avec l'odorat, le goût et le toucher... Alors rendez- vous dans notre prochain numéro ! ■

Mots clés cinq sens âne comportement vue ouïe