Zyra et Céline

Les Cahiers de l'Âne • 01/06/2016


Zyra et Céline

Comme beaucoup de petites filles, j’ai toujours adoré les chevaux. Je montais dans un centre équestre en Belgique et mon plus grand rêve était d’avoir mon propre cheval…

TEXTE : CÉLINE FABRY - PHOTOS : COLLECTION PERSONNELLE

Le tourbillon de la vie

NOTE : Les titres sont empruntés à la chanson « Le tourbillon de la vie » musique et paroles Serge Rezvani, interprétée par Jeanne Moreau dans le film « Jules et Jim » de François Truffaut.

Mon oncle possédait une prairie près de chez moi. À l’âge de 14 ans, je lui ai demandé si je pouvais avoir un cheval. À ma grande surprise, il a accepté mais à une condition : il acceptait de prendre un âne. J’étais surexcitée ! Le soir même, j’ai parcouru les annonces équestres et je me suis arrêtée sur une en particulier : celle d’une petite mule âgée de 6 mois, née d’une mère trotteuse et d’un petit âne gris. Je n’y connaissais rien aux mules et je n’en avais jamais vu en vrai, mais c’était elle que je voulais ! J’ai pris contact avec la vendeuse et nous sommes allés la voir dans le Hainaut (en Belgique).

On s'est connu

En arrivant, j’étais émerveillée devant cette pouliche aux grandes oreilles et au grand caractère déjà. Méfiante, je n’ai même pas pu la caresser… Malgré cela, elle était comme une évidence. Une semaine plus tard, elle arrivait à la maison. Zyra était très stressée et à peine descendue du van, elle a réussi à arracher la longe et à fuir dans la prairie à côté de la sienne. En essayant de la rattraper, elle a fini par sauter la clôture de plus d’un mètre de haut et s’est retrouvée chez elle, dans son pré. Les deux premières semaines, cette adorable petite mule s’est révélée démoniaque ! Elle ne tolérait personne dans son pré et bottait si on approchait. J’ai dû lui montrer que moi aussi j'avais du caractère, et à force de patience et de persévérance, elle finit par m’accepter. Ce fut le début d’une grande amitié.

On s'est reconnu

Tous les jours, je passais des heures avec elle. Elle me suivait, on faisait la course, je me couchais dans sa prairie pendant qu’elle mangeait mes chaussures. Par le jeu, je lui ai appris à se cabrer, à mettre sa jambe sur un plot, puis à saluer… Zyra se révéla très intelligente ! Elle savait quand le courant des clôtures était mis ou non, elle savait ouvrir les barrières ou passer sous les clôtures. Elle savait se faire comprendre et il fallait ruser quand elle n’acceptait pas de rentrer dans sa prairie après son tour dans le jardin.

On s'est perdu de vue

Il lui arrivait de s’évader et elle me faisait toujours courir sans jamais arriver à la rattraper. Le seul moyen était d’aller chercher ma chienne, et de lui montrer que je partais sans elle si elle ne revenait pas. À ce moment-là, elle venait d’elle-même pour que je la récupère ! C’était une mule pleine d’énergie, toujours prête à faire la folle.

On s'est r'perdu d'vue

Quand Zyra a eu 4 ans, mon oncle a malheureusement dû déménager. Obligée de la mettre chez mon père à une heure de chez moi, elle passa un hiver là-bas, seule dans sa prairie. J’allais la voir tous les weekends, mais je ne la trouvais pas heureuse et puis elle me manquait.

Un jour, elle s’est échappée de son pré et s’est fait poursuivre par des policiers sur la grande route. Ils n’ont jamais réussi à l’attraper. Zyra a fini sa course dans le paddock d’une dame possédant des chevaux.

On s'est retrouvé, on s'est réchauffé

Quand je suis venue la récupérer, la dame m’a dit qu’elle n’avait même pas réussi à l’approcher. Licol en main, je suis entrée dans le paddock. Zyra s’est approchée et j’ai pu la ramener.

Puis on s'est séparé !

Puis mon père à son tour a dû déménager. J’ai cherché une solution pour la garder. Je n’avais plus d’endroit où mettre Zyra, je n’avais pas d’argent, ni de voiture. J’ai cherché des pensions, mais je n’ai rien trouvé à proximité qui pourrait la rendre heureuse. Je n’ai pas eu le choix, j’ai pris la dure décision de la placer sous contrat car il était hors de question que je la vende. Deux personnes sont venues la voir. Ils cherchaient un animal de bât pour voyager jusqu’en France. Le feeling est passé avec Zyra et donc je leur ai fait confiance et je l’ai laissée partir chez eux. Triste et en larmes, c’est comme une partie de moi-même qui s’éloignait mais son bonheur passait avant le mien.  Des mois ont passé. Fin 2011, coup de téléphone. Les personnes chez qui était Zyra m’expliquent qu’ils sont rentrés de voyage et qu’ils comptent ouvrir un centre de balades avec des ânes, mais que le caractère trop compliqué de Zyra et son côté imprévisible ne conviennent pas pour leur projet. Cette nouvelle fut un réel bonheur, car cette fois-ci je comptais bien la récupérer et la ramener près de moi.

Alors toutes deux on est reparti…

J’ai trouvé une pension près de chez moi et elle est revenue. J’étais la fille la plus heureuse du monde et je me suis jurée que plus jamais elle ne partirait. Zyra avait presque 6 ans et je suis alors montée quelques fois sur son dos et on a fait de nombreuses promenades à pied. On a parcouru beaucoup du chemin, parfois 25 kilomètres sur une journée lors de rallyes. On faisait également les Saint Hubert et les gens étaient souvent étonnés de voir une mule et de voir que je me contentais de marcher à ses côtés plutôt que de la monter. Il nous est même arrivé de nous arrêter manger une glace avec une amie assise sur un banc sur la place du village avec Zyra en bout de longe. Comme je suis un peu trop grande pour elle, je lui ai alors trouvé une jeune cavalière afin de varier le travail. On a commencé les promenades montées et un peu d’obstacle. Zyra était très contente de sortir en ballade montée et elle s’est révélée très douée en saut. Il faut savoir qu’elle saute aisément sa taille. En même temps, j’ai continué à lui apprendre des tours et elle a acquis le coucher, le pas espagnol, le reculer, le déplacement des hanches, le bisou …

Puis sa cavalière a arrêté de la monter et j’ai donc proposé à Manon, une étudiante française qui cherchait une demi-pension. Il faut croire qu’elle aimait les défis car elle a accepté. Zyra n’était pas facile en piste car elle n’aime pas forcément ça, mais il faut bien passer par là. En revanche, à l’obstacle et en ballade, elle était vraiment super ! On peut facilement partir à cru en licol sur son dos car elle veille à ne pas nous faire tomber. On a également testé le « sans-mors » qu’elle apprécie particulièrement.

… dans l’tourbillon de la vie !

En juin 2015, Zyra et moi avons fait notre première démonstration devant un public lors de la fête d’Olne Autrefois. C’était une première et Mumule s’est révélée au top ! Les gens étaient étonnés de voir une mule, certains n’en avaient jamais vu ou d’autres ne savaient même pas ce que c’était. Puis en Août, nous avons participé à notre premier spectacle au profit d’une association. Je me suis retrouvée avec ma petite mule «de prairie» dans une piste énorme et ce fut une très belle expérience. Elle a enchaîné les tours avec succès et m’a vraiment tout donné. C’était un peu un rêve de la présenter au public et pour finir cette année en beauté, nous avons eu la chance de nous produire au salon « Animal mon Ami ». Zyra a fait preuve d’une grande confiance en moi et a fait de très belles démonstrations. Je suis vraiment heureuse d’avoir pu la montrer et présenter notre travail, qui se base sur le respect et la complicité.

Zyra a littéralement changé ma vie et ma perception des équidés. Elle m’a permis de découvrir l’univers fabuleux des « grandes oreilles ». Elle m’a permis de prouver qu’on peut faire de grandes choses à partir de choses simples. C’est une mule exceptionnelle, pleine de qualités. C’est une râleuse au grand cœur, une amie. Elle m’a permis de réaliser mes rêves et ce qui viendra par la suite ne sera que du bonus.

Dans les prochaines années, j’ai encore plein de projets pour Zyra et moi : nous lancer plus sérieusement dans l’attelage, participer à quelques concours d’obstacle, continuer à me produire en spectacle. Enfin, j’aimerais pouvoir partager encore plein d’aventures avec elle et pourquoi pas même voyager à ses côtés. ■

Mots clés Zyra mule