Guide d'achat d'une mule

Les Cahiers de l'Âne • 01/04/2015


Guide d'achat d'une mule

Vous êtes peut-être déjà propriétaire d’un cheval ou d’un âne et l’idée d’acquérir une mule ou un mulet germe en vous. Comment affiner votre choix, quels sont les points à éclaircir, quels vont être les critères de sélection, à qui s’adresser ? Avez-vous les compétences nécessaires ?

TEXTE : VIRGINIE CHEYSSER - PHOTOS : VALÉRIE THÉVENOT

Vous voulez un animal différent, qui possède à la fois les qualités de l’âne et celles du cheval : pied sûr, endurant, rustique, proche de l’être humain. Tout d’abord, pour conforter ou non votre idée, il vous faut rencontrer des mules. Contactez des éleveurs, des utilisateurs de mules, allez sur des manifestations pour voir différents modèles de mules et différentes utilisations. Et surtout échangez avec les utilisateurs. S’il n’y en a pas près de chez vous, osez le déplacement. Il y a aussi des groupes de muletiers sur les réseaux sociaux avec lesquels vous pouvez échanger. À l’issue de ces rencontres, c’est sûr, votre prochain compagnon sera une mule. Il vous faut définir ce que vous souhaitez faire avec lui.

À quelle utilisation le destinez-vous ?

Attelage, randonnée, bât, équitation western, compétition de TREC ou autre, traction animale, débardage… ?

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Assurez-vous d'une belle compatibilité de caractère entre vous.

Les qualités recherchées seront différentes en fonction de l’usage auquel vous le destinez. Pour le bât, une mule de petite taille est appréciable pour accrocher les caisses de bât. Pour la randonnée, vous privilégiez une mule qui aura un bon pas. Pour la compétition, une mule qui a du sang et pour la traction, une mule qui a de la puissance. Selon les croisements, les mules pourront répondre à ces critères. Cette question résolue, quelle mule choisir ?

Choix de la mule selon son âge

Voulez-vous un muleton que vous éduquerez ou plutôt une mule déjà éduquée, prête à l’emploi ?
Si vous possédez une jument, peut-être souhaiterez-vous faire naître un mulet ?

Attention, nul ne s’improvise naisseur et encore moins naisseur de mule. C’est un métier. La génétique des mules étant particulière, la naissance du produit relèvera de la loterie. Deux parents avec un peu de taille ne certifieront pas forcément un mulet avec de la taille. On a très fréquemment le cas de frères et sœurs de parents identiques dont l’un mesure 1,45 m et l’autre 1,65 m !

Enfin, si c’est un mâle, il faudra impérativement le faire castrer. Car même si un mulet est stérile, il a néanmoins des comportements d’entiers qui peuvent être dangereux.
Si vous souhaitez acquérir un muleton pour le faire à votre main, soyez sûr d’avoir les compétences nécessaires pour l’éduquer car ce n’est pas un poulain. Vous pourrez aussi faire appel à un professionnel qui connaît les mules pour vous aider. L’approche est différente et son caractère va s’affirmer tout au long de sa croissance. Là encore, si vous l’achetez à 6 mois, rien ne vous garantit une certaine taille ni un certain gabarit. Les mulets ne sont adultes que vers 7 ans, leur morphologie change énormément.
Vous préférez une mule déjà mise dans la discipline que vous pratiquez, prête à travailler. Mais où la trouver ?

Où trouver une mule ?

Les petites annonces : attention il y a de tout ! Il y a des annonces sérieuses et d’autres moins. Je citerai le cas suivant pour illustrer mon propos : « Vends mule montée, bâtée et attelée à un prix raisonnable ». Au téléphone, la personne me confirme les compétences de la mule. Je me déplace donc pour la rencontrer. La mule est licolée dans un box. Elle n’est physiquement pas en état. Vu mon air dubitatif sur l’expérience de la mule, la personne m’avoue qu’à l’attelage, « elle est encore un peu jeune et qu’elle ne la vendra pas pour de l’attelage ». À ma question « elle est montée ? » « oui, on lui a mis la selle 4 fois ». Quid de la direction et du frein !? Pour le bât idem. Il faut donc savoir lire entre les lignes !

Les éleveurs : l’avantage est que vous connaissez les parents de la mule mais les mules ne sont pas toujours manipulées, juste licolées.

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Les professionnels (qui peuvent aussi être éleveurs) : ils ont des mules éduquées à la vente, ils connaissent parfaitement leur mule et peuvent donc vous apporter des conseils judicieux. Ils sauront vous guider vers un animal plutôt qu’un autre en fonction de l’utilisation, de votre personnalité et des prédispositions de la mule. Ils pourront aussi vous apporter un suivi post-acquisition.

Quel est votre budget ?

Il faut définir de quelle somme vous disposez pour votre achat. Une mule de 3 ou 4 ans, pucée, vaccinée, vermifugée et surtout éduquée coûtera bien sûr plus cher qu’un muleton qu’il faudra nourrir pendant encore quelques années avant de l’utiliser, le vacciner, le castrer le cas échéant. Un mulet plus âgé et expérimenté n’aura pas de valeur !

Points à vérifier lors de l'achat

  • la conformation : a-t-elle un peu de garrot qui facilitera la tenue de la selle ou du bât (si la mule a plus de 4 ans) ? Pour la traction, on recherchera de bonnes épaules qui maintiendront le collier en place ;
  • les aplombs sont-ils corrects ? Les mules ont souvent les jarrets serrés et un peu panards de l’arrière (tournés en dehors). Mais un léger défaut d’aplombs n’a jamais empêché d’utiliser un animal. Là encore, tout dépend de l’usage que l’on souhaite en faire ;
  • les pieds sont-ils sains ? Attention, les mules ont tendance à être encastelées, c’est souvent dû à un défaut de parage régulier ;
  • la morphologie générale : est-elle harmonieuse et là encore en adéquation avec l’utilisation future ? Une arrière-main faible ou un dos voussé peut être le signe d’un blocage des vertèbres (fréquent si la mule a tiré au renard). A-t-elle déjà vu un ostéopathe équin ?
  • la dentition : correspond-t-elle à l’âge ? Est-elle en bon état ? A-t-elle déjà vu un dentiste équin ?
  • le caractère : vous semble-t-il en adéquation avec vous-même ? Il est important qu’il se passe « quelque chose » entre vous et la mule pour que le couple fonctionne. La mule doit avoir envie de travailler avec vous et inversement.

Premières manipulations

Outre ces caractéristiques physiques, vous devez observer la mule manipulée par son propriétaire puis la manipuler vous-même :

  • tout d’abord, allez la chercher dans son pré pour voir si elle se laisse mettre un licol sans jouer au chat et à la souris pendant 2 heures !
  • tient-elle à l’attache sans gesticuler tout le temps ou tirer au renard ?
  • se laisse-t-elle panser partout et donne-t-elle ses 4 pieds ?
  • peut-on lui toucher les oreilles, endroit sensible si mal manipulé ?
  • est-elle sereine ou plutôt inquiète ?
  • vérifiez si elle respecte le muletier à pied ou si vous faites déjà le drapeau derrière.
  • testez-la en situation. Si vous la destinez à l’attelage, demandez à la voir attelée par son propriétaire. De même pour la selle, faites monter le propriétaire en premier. Au bât, vérifiez sa dextérité aux passages d’obstacles.
  • monte-t-elle dans un van ? Demandez à voir !
  • correspond-elle à vos attentes ? A-t-elle de l’expérience dans la discipline que vous allez pratiquer ? Un mulet expérimenté au bât sera débutant en traction animale.
  • N’hésitez pas à poser des questions au muletier. En tout état de cause, prenez le temps de la réflexion et n’hésitez pas à retourner voir la mule de vos rêves avant de prendre votre décision finale.
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Votre choix est fait

Vous vous êtes décidé à rejoindre le cercle des longues Oreilles ! Il faut maintenant prévoir son arrivée à la maison.

Dans quelles conditions allez-vous accueillir votre mule ? Avez-vous assez de temps à lui consacrer à son arrivée. Où allez-vous la loger : à votre domicile, dans un centre équestre ? Sachant qu’une mule n’aime pas l’enfermement, elle sera plus heureuse à l’extérieur dans un pré avec bien sûr un abri contre les vents dominants et la pluie. Elle est sociable donc vous pourrez l’intégrer à votre troupeau après les présentations d’usage.

Une mule est proche de l’être humain, il sera nécessaire de la voir tous les jours sans pour cela travailler avec elle. Mais votre présence sera importante au début pour nouer une relation stable et de confiance. Si vous souhaitez la monter, ne lui sautez pas dessus dès son arrivée, pansez-la, promenez-la en main, prenez le temps d’apprendre à vous connaître. Vos relations ne seront que meilleures par la suite. Quant à la nourriture, si vous souhaitez le meilleur de votre mule, nourrissez-la avec un aliment de qualité (foin de bonne qualité et de préférence avec de grosses fibres) même si les quantités sont moindres que pour un cheval. Vous pourrez aussi la compléter avec du tout aliment en cas d’effort important.

Le matériel

Enfin, la mule de vos rêves est arrivée mais le plus compliqué reste à faire : trouver un matériel qui va lui convenir. En effet, en France peu de selliers proposent du matériel adapté à la morphologie spécifique de la mule, contrairement en Outre-Atlantique. Pour les filets, les frontaux « cheval » sont à bannir car trop courts. Un mors doux, type mors à aiguille peut tout à fait convenir à une mule. Il faut rompre avec les idées reçues qui prétendent qu’une mule n’a pas de bouche et qu’il lui faut un mors sévère. Un mulet bien éduqué pourra être très fin dans sa bouche. Pour les selles, il faut essayer et essayer encore des modèles jusqu’à trouver le modèle qui correspond le mieux à votre monture, de même pour les colliers d’attelage. Pour les harnais, le sur-mesure est de rigueur.

Voilà, une nouvelle aventure commence, le meilleur est à venir. Vous irez de découverte en découverte : un nouvel animal ni cheval ni âne, une autre façon de penser, d’appréhender les choses mais tellement de bonheur. Et bientôt vous vous demanderez « mais pourquoi ai-je attendu si longtemps pour franchir le pas ? » ■

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