Maladies infectieuses chez l'âne

Les Cahiers de l'Âne • 01/01/2013


Maladies infectieuses chez l'âne

Une maladie infectieuse est une maladie provoquée par la transmission d'un micro-organisme : virus, bactérie, parasite, champignon. La pathologie infectieuse est l’étude de ces maladies, on s’attache ici aux maladies contagieuses et à leur épidémiologie.

TEXTE & DOCUMENTS : DR VÉTÉRINAIRE JENNY HARRY - DESSINS : BRUNO DELAS - PHOTOS : VALÉRIE THÉVENOT et ASINERIE D'EMBAZAC

Vectorielle (V)

Maladie causée par un agent parasite (bactérie, champignon, virus...) véhiculé et inoculé ou déposé par un vecteur vivant comme les tiques ou les moustiques. Chez l'animal et l'homme la plupart des « maladies à vecteur » sont des zoonoses, parfois émergentes ou ré émergentes.

Zoonose (Z)

Infection ou infestation naturellement transmissible de l'animal à l'homme et vice versa. Les zoonoses sont causées par divers agents biologiques vivants (bactéries, champignons, parasites) ou non-vivants (virus, prions...). Certaines zoonoses sont aussi des maladies professionnelles qui touchent les éleveurs, les vétérinaires, les forestiers : tétanos, rage, brucellose...

Vectorielle et Zoonose (ZV)

Ces maladies peuvent être transmises d’un animal à un humain ou vice versa, par l’intermédiaire d’un vecteur. Certaines maladies font l’objet d’une catégorisation règlementaire (Code Rural consultable sur le site Legifrance) dans deux listes : les Maladies Réputées Contagieuses (MaRC) et les Maladies à Déclaration Obligatoire (MaDO). Il existe aussi une liste publiée par l’Organisation mondiale de la santé animale : liste OIE. Pour plus d’information, le site des Haras nationaux est bien construit. Découvrons-les ici et explicitons ensuite d’autres maladies importantes chez l’âne et les équidés.

Maladies Réputées Contagieuses (France)

Il s’agit d’une liste de maladies graves surveillées, à risque d’épidémie et certaines sont zoonotiques (contagion possible de l’humain). Elles définissent des mesures de Police Sanitaire ou des marches à suivre obligatoires en cas de suspicion ou de cas avéré, avec quelquefois des mesures concernant les animaux ou élevages voisins. Il y a établissement d’arrêtés préfectoraux de mise sous surveillance ou de déclaration d’infection. Une liste des MaRC est ainsi définie pour chaque famille d’animaux (ruminants, porcins, équidés …) et certaines maladies sont communes.

  • Arbovirose (ZV) : maladie virale transmise par des arthropodes suceurs de sang: moustiques, tiques.
  • Fièvre de West Nile : atteintes fébrile et encéphalomyélite dues au flavivirus. Maladie émergente qui pose de sérieux problèmes dans le sud de la France notamment chez les chevaux de Camargue. Elle vient des USA.
  • Encéphalite à Togavirus : diagnostiquée en laboratoire sur sang ou prélèvement post mortem. Le risque de séquelles nerveuses est élevé malgré la guérison possible. Il y a limitation de mouvement et traitement insecticide obligatoire.
  • Anémie Infectieuse Équine : due à un virus de la famille du VIH qui affaiblit le système immunitaire sur le long terme. Baisse de forme chronique et amaigrissement. Diagnostic au laboratoire par un test de Coggins. L’animal est isolé, l’établissement placé sous Arrêté Préfectoral portant Déclaration d’Infection (APDI). L’abattage est souvent obligatoire. Maladie inscrite comme vice rédhibitoire, souvent asymptomatique chez l’âne, faisant de celui-ci un réservoir biologique.

Maladies rares en France

  • Rage (Z) : due à un virus. Chez l’âne elle se manifeste par un fort prurit : démangeaisons démentielles. Elle est incurable et touche le système nerveux pour aboutir à la mort en quelques jours. La vaccination est fortement recommandée. C’est une zoonose grave transmise par morsure.
  • Tuberculose (Z) à Mycobacterium bovis, rare chez les équidés. Mais elle semble résurgente ces dernières années. Atteinte surtout pulmonaire et contagion insidieuse. Aucune mesure de recherche obligatoire sur les équidés en France. Depuis quelques années, dépistage systématique dans certains départements sur tous les bovins avec abattage sélectif ou total du troupeau reconnu infecté.
  • Brucellose (Z) : maladie bactérienne à Brucella abortus qui cause des avortements et des troubles de la reproduction. Le diagnostic est sérologique en laboratoire. Un lourd traitement antibiotique est possible, mais le risque de contamination humaine est majeur. Il faut absolument mettre des gants pour tout examen gynécologique et toute manipulation de membranes.
  • Peste équine (ZV) : due à un orbivirus dont le vecteur est un moucheron Culicoïde. À surveiller sur le plan épidémiologique européen car elle progresse géographiquement avec son vecteur et c’est une zoonose grave. Elle touche cliniquement le cheval, plus que le mulet et le bardot. L’âne n’exprime presque pas la maladie mais joue le rôle de réservoir et a une virémie longue. Il existe des vaccins atténués.
  • Surra : due à un protozoaire (parasite sanguin), le Trypanosoma evansi transmis par des insectes piqueurs. Camélidés, équidés et canidés sont les cibles principales. Évolution chronique par épisodes fébriles avec baisse de l’état général et adénite (ganglions réactionnels), conjonctivite, amaigrissement, anémie, oedèmes. Maladie présente en Afrique, au Moyen- Orient, en Asie, en Amérique du Sud. En France, un cas d’importation sur des dromadaires a été découvert en 2006 dans l’Aveyron. Diagnostic sur prélèvements sanguins. Traitement possible par chimiothérapie trypanocide, lourd, coûteux, peu disponible avec portage chronique possible malgré tout. Les mesures de surveillance à l’importation représentent la meilleure prophylaxie pour ce genre de maladies.
  • Dourine : maladie vénérienne due à un parasite protozoaire flagellé Trypanosoma equiperdum. Provoque des oedèmes des organes génitaux puis une adénite, évoluant de manière chronique vers la paralysie et la mort. Touche tous les équidés. La France est indemne depuis 1920 ; mais la maladie est encore présente en Afrique australe et Russie et Moyen-Orient.
  • Morve (Z) : bactérie Burkholderia mallei. Survient de manière aiguë chez l’âne avec forte fièvre, atteinte nasale et cutanée ; mortelle en 8 à 30 jours, tandis qu’elle est plutôt chronique chez le cheval. Lésions nodulaires et ulcéreuses cutanées et respiratoires. Diagnostic en laboratoire par bactériologie ou techniques immunologiques. La France est indemne depuis 1965 mais la vigilance doit rester.
  • Stomatite vésiculeuse. Elle touche les bovins, les porcins et les équidés. Virus de la famille des Rhabdoviridae. Présente en Amérique du Nord et Centrale. Provoque des éruptions vésiculeuses à la bouche et aux pieds. Inscrite sur la liste des maladies surveillées car peut être ressemblante à la fièvre aphteuse. Très contagieuse mais peu mortelle. Diagnostic de laboratoire sur sang ou liquides biologiques.
  • Maladie d’Aujeszky, maladie virale rare chez les équidés, essentiellement porcine. Attention en cas de voisinage avec un élevage. Aussi appelée pseudorage, elle est nerveuse avec d’extrêmes démangeaisons occasionnant de réelles blessures. Évolue rapidement vers la mort.

Maladies à Déclaration Obligatoire (France)

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Avortement pour une ânesse atteinte d'artérite virale équine

Il s’agit de maladies dont on veut suivre l’évolution et connaître la distribution géographique ou sur lesquelles on souhaite récolter des informations épidémiologiques par exemple. Il faut déclarer tout nouveau cas. Attention aux importations.

  • Métrite contagieuse équine. On teste les juments destinées à la reproduction. Bactérie Taylorella equigenitalis. Cette infection de l’utérus empêche la fécondation, elle est asymptomatique chez l’étalon et touche surtout les chevaux et poneys. Prélèvements par écouvillons et mise en culture LVD (Laboratoire Vétérinaire Départemental).
  • Artérite virale équine. Arterivirus surtout chez le cheval. A surveiller sur le plan épidémiologique européen. Atteinte fébrile, avortements, infiltration des muqueuses et des tissus sous cutanés sont les principaux signes. Diagnostic de dépistage sur écouvillons naso-pharyngés ou sérologie. Il existe un vaccin utilisable en France dans certains cas. L’animal est isolé et traité de manière symptomatique aux anti-inflammatoires.
  • Lymphangite épizootique à Histoplasma farciminosum (champignon). Cheval, mulet, âne et dromadaire. Lésions cutanées suppuratives avec adénite loco régionale et lymphangite. Présente en Afrique au climat tropical humide, Asie et Amérique du sud. Examen microscopique du pus et mise en culture. Antibiothérapie antifongique (amphotéricine B). Isolement des malades.

Autres maladies importantes des équidés en France

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  • Piroplasmose (ZV) à parasites sanguins Babesia caballi et Theilaria equi qui causent une anémie et une fièvre par éclatement des globules rouges parasités. Les urines deviennent couleur marc de café au bout de quelques jours, soit tardivement par rapport au début de l’infection. Elle est transmise par des tiques. Diagnostic microscopique sur frottis sanguin. La forme chronique est plus fréquente que la forme aiguë chez l’âne. Un traitement spécifique par injection d’imidocarb est le seul possible.
  • Maladie de Lyme (ZV) à Borrelia burgdorferi (bactérie) se déclare des mois après la morsure de tique par des troubles articulaires ou musculaires, avec des tableaux cliniques très variables.
  • Leptospirose (Z) à Leptospira interrogans (bactérie). L’âne est plus exposé que le cheval, par son mode de vie majoritairement au pré. Cette bactérie touche le foie et les reins et est transmise par l’urine des rongeurs et l’eau souillée.
  • Grippe équine à Influenza virus, maladie respiratoire très contagieuse dans les écuries, survient par épidémie. La vaccination est obligatoire pour les rassemblements et manifestations sportives.
  • Rhinopneumonie équine, maladie virale très contagieuse à Herpesvirus équin (EHV), sous forme respiratoire ou abortive, quelquefois nerveuse. Diagnostic en laboratoire sur prélèvements sanguins ou biologiques. Isolement du malade et traitement symptomatique : anti inflammatoires et antibiotiques vu le risque élevé de surinfections bactériennes.
  • Tétanos (Z). L’âne doit être vacciné. L’agent causal est une Clostridium tetani, bactérie présente dans l’environnement et infectante à la faveur d’une plaie. Il faut absolument vérifier le statut de tout animal blessé ou avant toute chirurgie, et faire un sérum anti-tétanique en cas de doute.
  • Salmonellose (Z). Diarrhée aiguë et fièvre. Maladie grave et très contagieuse. Le malade doit être isolé. En hôpital ou en écurie, on fera ses soins en dernier avant de se laver les mains et de nettoyer son matériel qui ne doit servir que pour lui (thermomètre !).

Réseau d'Épidémio-Surveillance en Pathologie Équine

Actif depuis 1999, le RESPE est le premier réseau d’épidémio-surveillance en pathologie équine européen fondé sur un réseau de Vétérinaires Sentinelles (VS). Ce réseau assure une veille sanitaire des maladies équines, en particulier celles présentant une contagiosité importante.
CONTACT : 6, avenue du Maréchal Montgoméry - 14000 CAEN
Tél : 02 31 57 24 88 - Fax : 0231 57 29 14
http://www.respe.net - contact@respe.net

Prévention

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À l'extérieur et surtout en forêt, attention aux tiques !

Un nouvel arrivant doit subir un isolement et éventuellement des tests sanguins.

Protection contre les vecteurs. Assécher les mares. Employer des chasse-mouches et des produits répulsifs. Rentrer les animaux aux périodes de forte activité des moustiques dans des endroits frais si possibles et sombres : un argument de plus pour la présence d’un abri au pré.

Prévention pour éviter la contagion entre animaux. Isolement ou quarantaine : l’animal est seul dans un box sans contact de naseaux possible avec le voisin d’écurie. Faire le box du malade en dernier, retirer les crottins, employer du matériel réservé et le désinfecter.
Un vide sanitaire est conseillé une fois la maladie passée et également de manière annuelle.
Le port de gants à usage unique et de surbottes pour les soins est vivement recommandé. Lavage des mains.
Vaccination : grippe, rhinopneumonie, tétanos, rage. D’autres sont possibles dans des cas particuliers.

Professionnels des ânes et des chevaux, il faut aussi se protéger soi des zoonoses. Protections jetables, gants, surbottes et charlotte pour cheveux sont recommandées. Le lavage des mains au savon simple est très efficace pour éliminer la flore microbienne acquise. L’utilisation d’une solution hydro alcoolique ensuite complétera ce geste de prévention.

Nous sommes tous acteurs dans la détection et le suivi des maladies de nos animaux. Savoir qu’elles existent est une première étape pour repérer un symptôme ou un comportement inhabituel. ■

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