L'âne qui éduque l'âne

Les Cahiers de l'Âne • 01/02/2016


L'âne qui éduque l'âne

L'âne est un médiateur reconnu. Alors quand on a un âne bien éduqué à l’attelage, pourquoi ne pas profiter de sa médiation pour éduquer un plus jeune ? C'est la méthode d'apprentissage avec un maître d'école.

TEXTE : JEAN-FRANÇOIS COTTRANT - PHOTOS : ARMELLE COTTRANT

Quelles sont les caractéristiques du maître d'école ?

Avant toute chose, il faut qu'il connaisse parfaitement ce qu'il doit enseigner à son élève. Il doit donc être parfaitement éduqué et surtout ne jamais se défendre lorsqu'un ordre est donné soit par la voix soit par les guides. Il est important d'être complice - au vrai sens du terme - physiquement et mentalement avec le maître d'école. Il faut que le meneur et l'âne arrivent au même résultat.

Il doit bien sûr être habitué à être attelé en paire !

En plus de connaître son métier, le maître d'école doit être calme et sans agressivité. On évitera les animaux qui ne veulent pas se faire dépasser, les ânes trop dominants ou mordeurs. Les animaux trop mous ne conviennent pas non plus, il est nécessaire que le maître d'école soit volontaire car lors des premières leçons, il travaille souvent seul. Il doit savoir alors faire preuve d'une certaine abnégation avant que l'élève ne comprenne.

Quant au physique, on choisira un maître d'école compatible avec l'élève en termes de taille et de poids. Il ne faut pas que l'élève trotte quand l’aîné marche ou réciproquement.

Les présentations

Il est aussi préférable que les deux animaux se connaissent avant la phase d'éducation proprement dite. On pourra les mettre ensemble dans un box ou dans le pré pour qu'ils s'habituent l'un à l'autre et qu'ils établissent des rapports hiérarchiques naturels. Cette phase doit se faire sous surveillance si les deux protagonistes montrent un peu d'hostilité l'un envers l'autre.

L'élève

Qu'il soit jeune ou plus âgé, l'éducation avec un maître d'école nécessite une préparation individuelle. La mise en place du harnais, du mors se fait progressivement seul ou en présence (rassurante) du maître d'école. L'acceptation doit cependant être acquise définitivement. Quelques séances de longues rênes seules ne sont pas superflues pour enseigner les rudiments et notamment apprendre à l'âne à se mettre en avant en appuyant sur son mors. Un fois cela acquis, on peut passer à l'étape suivante en paire.

Les différentes étapes

Comme en éducation simple, les séances sont courtes (d'autant plus si l'élève est jeune) avec à chaque fois un objectif clair. Si cet objectif n'est pas atteint, il faut recommencer avant de passer à l'étape suivante.

La marche aux longues rênes en paire

C’est la première étape. Il faut réussir à obtenir une marche en ligne droite avec les deux ânes appuyés sur le mors de façon à pouvoir dans les séances suivantes avoir de la direction avec les guides. Dans cet exercice, le maître d'école apporte de la régularité et de la stabilité. Son départ et son arrêt aux ordres amènent une compréhension aisée des ordres à l'élève. Son calme le rassure.

La maniabilité

Une fois la marche en ligne avec des départs et des arrêts propres acquise, on peut passer à un peu de maniabilité. En général, les virages du côté de l'élève sont faciles, de l'autre côté, il faudra sans doute le stimuler. Il n'y a qu'à observer les oreilles du jeune âne pour comprendre le rôle du maître d'école : elles s'orientent tour à tour vers la voix du meneur mais reprennent vite la direction du compagnon d'attelée, c'est là que se porte le maximum d'attention.

La traîne avec des traits et un palonnier

Une fois la maniabilité acquise aux longues rênes, on peut équiper nos ânes. La charge sera légère. L'objectif est que le jeune âne tende ses traits et s'habitue à la traction avec tout ce que cela comporte : frottement des traits, bruits des chaînes et de la charge...

C'est là que le rôle du maître d'école est primordial : il rassure son compagnon, le calme le cas échéant et évite souvent des confrontations avec le meneur. Son action régulatrice et médiatrice prend tout son sens.

La mise à la voiture

Si on possède une voiture à quatre roues avec un timon, on peut directement les atteler. Si on n'a qu'une voiture à deux roues, on peut atteler le maître d'école dans les brancards avec le jeune à côté puis on inversera les rôles dans les séances suivantes.

Le but est que notre jeune âne tracte de façon régulière, appuyé sur son mors et droit dans ses traits. Au début, on fera de longues lignes droites avec simplement des arrêts et des départs pas trop fréquents et surtout aux ordres. Attention aux premiers arrêts, le contact du reculement que l'on réglera un peu lâche au début peut inciter le jeune âne à accélérer. Plusieurs séances sont en général nécessaires avant d'obtenir une marche correcte.

Les défauts les plus fréquemment observés sont une marche en crabe, une marche en retrait sans tendre les traits ou une marche en V. Pour la marche crabe et la marche en retrait, il faut stimuler le jeune avec le fouet. Il est alors important que le maître d'école comprenne que l'ordre n'est pas pour lui.

Le défaut le plus difficile à corriger est la marche en V, le jeune âne cherchant à s'éloigner du timon et dissipant toute son énergie en effort latéral sur les chaînettes. Si le jeune âne se met en V, le maître d'école est obligé, pour que la voiture reste droite, de compenser de la même façon de l'autre côté. Il faut alors raccourcir la croisière de l'élève de façon à ramener sa tête dans une position verticale. Si cela ne suffit pas, il faut positionner une alliance entre les deux muserolles, celle-ci empêche l'éloignement. Il est même préférable de garder les licols et de les attacher ensemble.

La balade

Une fois notre attelage lancé avec des ânes aux ordres, on peut envisager de faire découvrir le vaste monde au jeune âne. C'est là aussi qu'intervient le maître d'école.
Lors d'obstacles nouveaux pour l'élève, il le rassure et l'oblige à se mettre en avant sans pour autant que le meneur ait forcément à appuyer son ordre ou à le stimuler fortement.
C'est ainsi qu'il est assez facile de leur apprendre à passer les gués, les passages à niveau, les zébras, et tous les autres obstacles que la découverte effraie souvent. Bien évidemment les premiers passages ne seront pas académiques, l'élève se collera le plus possible le long du timon (et ainsi de son compagnon) et restera en retrait à l'entrée de l'obstacle alors qu'il accélérera à la sortie. Plusieurs passages sont alors nécessaires pour obtenir un passage coulé sans à-coups.

On voit que cette méthode qui utilise l'âne pour éduquer l'âne est douce et plus rapide que d'éduquer un âne seul. Elle demande cependant plus de matériel et un maître d'école presque parfait !

Elle a aussi un inconvénient majeur, c'est la difficulté de repasser à un attelage simple, le jeune âne se sentant tout à coup perdu et ayant souvent des difficultés à se positionner par rapport au meneur par manque d'intermédiaire. Le passage à un doit donc être progressif et le meneur doit assurer le calme et la fermeté que procurait le maître d’école.■

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